Plaquette de pilule contraceptive ouverte, illustration

Pilule au désogestrel : ce que dit la lettre que l’ANSM envoie à 1,6 million de femmes

Depuis le 10 septembre 2026, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) adresse un courrier nominatif à environ 1,6 million de femmes ayant eu, au cours des douze derniers mois, une ordonnance de contraception à base de désogestrel 75 µg seul — Cerazette, Antigone, Elfasette, Optimizette et leurs génériques. L’envoi de ces lettres a commencé le 14 septembre. Il ne s’agit ni d’un rappel de lot ni d’une alerte d’urgence : le courrier informe d’un risque rare de méningiome associé à ce progestatif, et l’ANSM précise explicitement que recevoir cette lettre ne signifie pas qu’un méningiome a été diagnostiqué ou suspecté. Les médecins, gynécologues et sages-femmes prescripteurs ont reçu, le même jour, une lettre parallèle les informant de cette diffusion.

D’où vient ce chiffre

Cette campagne s’inscrit dans la continuité d’un travail engagé depuis fin 2024. Une étude du groupement d’intérêt scientifique Epi-Phare, publiée le 19 décembre 2024 à partir des données du Système national des données de santé, avait mis en évidence une augmentation très faible du risque de méningiome chez les femmes utilisant du désogestrel de façon prolongée, c’est-à-dire pendant au moins un an. Saisie de ces résultats, l’Agence européenne des médicaments (EMA) a recommandé en juillet 2026, via son comité de pharmacovigilance (PRAC), la mise à jour du résumé des caractéristiques du produit et de la notice pour l’ensemble des contraceptifs à base de désogestrel ou d’étonogestrel, y compris l’implant Nexplanon et les anneaux vaginaux Nuvaring et Etoring — par mesure de précaution pour ces deux derniers, l’ANSM ayant indiqué que le risque n’a pas été étudié directement chez leurs utilisatrices. Un courrier aux professionnels de santé (DHPC) a suivi en août 2026, avant la campagne d’information des patientes engagée ce mois-ci.

Pourquoi un progestatif peut favoriser un méningiome

Le méningiome se développe à partir des méninges, les enveloppes qui entourent le cerveau et la moelle épinière. C’est, dans l’immense majorité des cas, une tumeur non cancéreuse et à évolution lente, mais ces tissus portent des récepteurs à la progestérone, ce qui explique qu’un traitement hormonal prolongé puisse, chez un très petit nombre de femmes, en favoriser la croissance. Ce mécanisme n’est pas propre au désogestrel : il avait déjà été documenté pour d’autres progestatifs, avec des ordres de grandeur sans commune mesure. L’acétate de cyprotérone, prescrit à fortes doses, multiplie le risque par plusieurs dizaines par rapport à une population non traitée ; le nomégestrol et la chlormadinone, par un facteur nettement supérieur à celui du désogestrel. C’est justement parce que le signal repéré pour le désogestrel restait beaucoup plus discret que les autorités sanitaires ont attendu une étude de grande ampleur, portant sur les données de plusieurs millions de femmes suivies dans le Système national des données de santé, avant de considérer le lien comme suffisamment établi pour justifier une information individuelle.

Le choix de n’écrire qu’aux utilisatrices de pilules à 75 µg de désogestrel seul, et non à l’ensemble des femmes sous désogestrel ou étonogestrel, n’est pas anodin non plus. Interrogée par le média médical Vidal le 10 septembre 2026, l’ANSM a expliqué que le risque associé à l’implant Nexplanon ou aux anneaux vaginaux n’a pas été mesuré directement dans l’étude Epi-Phare, et qu’un dispositif d’alerte nominatif reste une mesure lourde, réservée aux médicaments pour lesquels le sur-risque a été quantifié avec suffisamment de certitude. Les pilules combinant désogestrel et éthinylestradiol, comme Mercilon ou Varnoline, n’ont pas non plus donné lieu à un courrier individuel : une partie de leurs utilisatrices ne sont pas identifiables via les données de l’Assurance maladie, ces spécialités n’étant pas toutes remboursées.

Un risque qui reste très faible, mais qui n’est pas nul

L’ANSM chiffre ainsi le risque : un cas supplémentaire de méningiome surviendrait pour 67 000 femmes utilisant ces contraceptifs oraux à base de progestatif seul. Ce sur-risque augmente avec la durée d’utilisation : au-delà de cinq ans, il est multiplié par 1,7, soit un cas pour 17 000 femmes ; au-delà de sept ans, il double. Il est un peu plus élevé chez les femmes de plus de 45 ans, et surtout chez celles ayant pris auparavant d’autres progestatifs déjà associés à un risque de méningiome — l’acétate de cyprotérone (Androcur), le nomégestrol (Lutényl), la chlormadinone (Lutéran), la médrogestone (Colprone) ou la médroxyprogestérone (Depo Provera) — auquel cas le risque devient significatif dès la première année d’utilisation du désogestrel. Point important souligné par l’agence : ce sur-risque n’est plus observé un an après l’arrêt du traitement, et le méningiome reste, dans son immense majorité, une tumeur non cancéreuse.

Ce qui change concrètement pour la prescription

La mise à jour de la notice a une conséquence clinique directe : les spécialités à base de désogestrel et d’étonogestrel sont désormais contre-indiquées chez les femmes qui ont, ou qui ont eu par le passé, un méningiome. Avant toute prescription ou réévaluation, les recommandations demandent au prescripteur de rechercher les traitements progestatifs pris antérieurement et leur durée d’utilisation, et de reconsidérer la pertinence de cette contraception chez les femmes à partir de 45 ans. Le risque étant très faible, l’IRM de dépistage n’est pas systématique : elle est réservée à l’instauration du traitement en cas d’exposition antérieure de plus d’un an à un progestatif à risque, ou face à des signes cliniques évocateurs. En cas de méningiome avéré, le traitement doit être arrêté et la patiente orientée vers un neurochirurgien.

Les signes qui justifient une consultation, et pourquoi ne pas arrêter seule

L’ANSM liste les symptômes qui doivent conduire à consulter : des troubles de la vision, une perte auditive ou des bourdonnements d’oreille, une perte d’odorat, l’aggravation ou l’apparition de maux de tête persistants — à distinguer d’une migraine habituelle qui s’aggraverait sans raison identifiée —, des troubles de la mémoire, des convulsions inédites ou une faiblesse dans les bras et les jambes. Des vertiges qui rompent avec ce qu’une femme connaît déjà d’elle-même méritent le même réflexe : mieux vaut, là aussi, apprendre à distinguer une origine banale d’un signal qui sort de l’ordinaire plutôt que d’attendre. En l’absence de tout symptôme, en revanche, l’agence est claire : il n’y a pas lieu de prendre un rendez-vous en urgence. Le sujet a vocation à être abordé lors de la prochaine consultation de routine, celle où la contraception est de toute façon réévaluée chaque année avec le médecin ou la sage-femme.

Le point le plus insisté par l’ANSM concerne justement ce qu’il ne faut pas faire : interrompre sa contraception de sa propre initiative à la réception de ce courrier. Un arrêt brutal, sans avis médical, expose à un risque de grossesse non désirée sans commune mesure avec le risque, très faible, qui motive l’alerte. Pour la grande majorité des femmes concernées, recevoir cette lettre ne nécessitera aucune mesure particulière au-delà d’en parler, sereinement, lors du prochain rendez-vous.

Cet article présente une information générale à partir des communications de l’ANSM et ne remplace pas un avis médical individualisé. Toute femme concernée par ce courrier, ou par des symptômes décrits ci-dessus, est invitée à en discuter avec son médecin traitant, son gynécologue ou sa sage-femme.

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