Rectocolite hémorragique (RCH) et microbiote

La rectocolite hémorragique (RCH) est l’autre grande MICI, distincte de la maladie de Crohn par sa localisation (colon uniquement, continue depuis le rectum) et sa physiopathologie. Elle touche 100 000 personnes en France et bénéficie de traitements de plus en plus efficaces.

Physiopathologie

Inflammation limitée à la muqueuse colique (superficielle, contrairement au Crohn transmural), continue et débutant toujours par le rectum, remontant sur une hauteur variable. Extension : rectite (30 %), colite gauche (40 %), pancolite (30 %). Dysbiose colique documentée, avec réduction Faecalibacterium et Roseburia (producteurs de butyrate) 1.

Manifestations cliniques

Diarrhée sanglante glaireuse, ténesme (envie douloureuse d’aller à la selle), douleurs coliques, faux besoins. Manifestations systémiques : fatigue, fièvre, amaigrissement dans les formes sévères. Manifestations extra-digestives : arthrites, spondylarthrite, sclérose primitive des voies biliaires, érythème noueux 2.

Diagnostic

Rectosigmoïdoscopie ou coloscopie avec biopsies étagées : inflammation continue depuis rectum. CRP, calprotectine fécale, NFS. Éliminer causes infectieuses (coproculture, recherche C. difficile), amibiase.

Rôle particulier du microbiote

Contrairement au Crohn, le tabac est PROTECTEUR (mécanisme inconnu — mais ne pas commencer à fumer !). Régime méditerranéen bénéfique. Aliments fermentés et fibres solubles : effet favorable sur le butyrate producteur 3.

Traitements par sévérité

Poussée légère à modérée : mésalazine (5-ASA) orale + rectale (suppositoires ou lavements) — extrêmement efficace.
Poussée modérée : ajouter corticoïdes systémiques ou rectaux (budésonide MMX).
Poussée sévère : hospitalisation, corticoïdes IV, biothérapies rapides 4.
Traitement de fond : mésalazine long cours, thiopurines, biothérapies (anti-TNF, vedolizumab, ustekinumab, tofacitinib).

Colectomie curative

Contrairement au Crohn, la colectomie totale guérit la RCH. Indications : échec traitement médical, colite aiguë grave, dysplasie/cancer. Alternative : anastomose iléo-anale avec réservoir 5.

Surveillance cancer colique

Après 8-10 ans d’évolution : coloscopie de dépistage tous les 1 à 5 ans selon risque (extension, ancienneté, CSP associée, antécédents familiaux). Chromoendoscopie avec biopsies ciblées : meilleure sensibilité 6.

À retenir

  • RCH : inflammation continue muqueuse colique, depuis rectum
  • 100 000 personnes en France
  • Tabac protecteur (contrairement au Crohn) — mais ne pas commencer !
  • Mésalazine per os + rectale = base du traitement
  • Colectomie totale = curative — dépistage cancer après 8-10 ans
JM
Julien Maurel
Rédacteur — Maladies chroniques
Relu par le Dr Marc Fontaine.

Sources scientifiques

  1. Ungaro R et al. Ulcerative colitis. Lancet 2017;389(10080):1756-1770.
  2. Kobayashi T et al. Ulcerative colitis. Nat Rev Dis Primers 2020;6(1):74.
  3. Wastyk HC et al. Gut-microbiota-targeted diets modulate human immune status. Cell 2021;184(16):4137-4153.
  4. Rubin DT et al. ACG Clinical Guideline: Ulcerative Colitis in Adults. Am J Gastroenterol 2019;114(3):384-413.
  5. Peyrin-Biroulet L et al. Selecting Therapeutic Targets in IBD. Am J Gastroenterol 2015;110(9):1324-38.
  6. Bye WA et al. Strategies for detecting colorectal cancer in patients with IBD. Cochrane 2017;9:CD000279.
Article informationnel — ne se substitue pas à un avis médical personnalisé.

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