Maladie de Crohn : facteurs nutritionnels et thérapeutiques
La maladie de Crohn est une maladie inflammatoire chronique de l’intestin (MICI) pouvant toucher tout le tube digestif, avec des poussées et des rémissions. Elle touche 150 000 personnes en France. La compréhension des facteurs modifiables — microbiote, alimentation, tabac — a transformé la prise en charge.
Physiopathologie
Inflammation transmurale (toute la paroi), segmentaire (zones saines entre lésions), pouvant atteindre bouche à anus (préférentiellement iléon terminal). Origine multifactorielle : prédisposition génétique (NOD2/CARD15 dans 30 %), dysbiose intestinale, dérèglement immunitaire (Th1/Th17), facteurs environnementaux 1.
Manifestations cliniques
Diarrhée chronique (souvent sanglante), douleurs abdominales, amaigrissement, fatigue, fièvre modérée, lésions ano-périnéales (fissures, fistules — signature Crohn). Manifestations extra-digestives : arthrite, uvéite, érythème noueux, sclérose primitive des voies biliaires 2.
Diagnostic
NFS, VS, CRP, ferritine, calprotectine fécale (excellent marqueur d’inflammation). Iléocoloscopie avec biopsies étagées (référence). Entéro-IRM ou entéro-scanner pour lésions grêliques. Sérologies (ASCA positif dans Crohn) 3.
Facteurs modifiables — clés de la prise en charge
Tabac : aggrave le Crohn (à l’inverse de la RCH) — sevrage prioritaire absolu, améliore l’évolution.
Alimentation ultra-transformée : émulsifiants (carboxyméthylcellulose, polysorbate 80), maltodextrine — favorisent inflammation intestinale.
Régime méditerranéen : bénéfice démontré sur qualité de vie et marqueurs inflammatoires.
Régime spécifique carbohydrate (SCD) ou régime méditerranéen anti-inflammatoire : plusieurs essais positifs 4.
Traitements médicamenteux
Poussée légère : mésalazine, corticoïdes locaux (budésonide).
Poussée modérée-sévère : corticoïdes systémiques (traitement d’attaque).
Traitement de fond : azathioprine, méthotrexate, biothérapies (anti-TNF adalimumab/infliximab, anti-intégrines vedolizumab, anti-IL12/23 ustekinumab) 5.
Chirurgie : résections en cas de sténoses, fistules complexes, échec médical.
Suivi
Consultation gastro trimestrielle en phase active, biannuelle en rémission. Dépistage ostéoporose (corticoïdes), cancer colorectal après 8-10 ans d’évolution (coloscopie surveillance), déficits nutritionnels (B12 si iléon opéré, fer, vit D) 6.
À retenir
- Crohn : inflammation transmurale, segmentaire, bouche à anus
- 150 000 personnes en France — génétique + microbiote + environnement
- Tabac aggrave le Crohn (contrairement à RCH) — sevrage prioritaire
- Alimentation méditerranéenne ± SCD : bénéfice démontré
- Biothérapies (anti-TNF, vedolizumab, ustekinumab) = révolution thérapeutique
Pour aller plus loin
Sources scientifiques
- Torres J et al. Crohn’s disease. Lancet 2017;389(10080):1741-1755.
- Feuerstein JD, Cheifetz AS. Crohn Disease: Epidemiology, Diagnosis, and Management. Mayo Clin Proc 2017;92(7):1088-1103.
- Gomollón F et al. 3rd European Evidence-based Consensus on the Diagnosis and Management of Crohn’s Disease. J Crohns Colitis 2017;11(1):3-25.
- Levine A et al. Crohn’s Disease Exclusion Diet Plus Partial Enteral Nutrition Induces Sustained Remission. Gastroenterology 2019;157(2):440-450.
- Torres J et al. ECCO Guidelines on Therapeutics in Crohn’s Disease: Medical Treatment. J Crohns Colitis 2020;14(1):4-22.
- GETAID. Recommandations françaises sur la surveillance des MICI. 2020.
