Millepertuis : antidépresseur naturel sous conditions

Le millepertuis (Hypericum perforatum) est la plante médicinale la mieux documentée dans le traitement de la dépression légère à modérée. Cinq méta-analyses concluent à une efficacité comparable aux antidépresseurs de synthèse, avec une meilleure tolérance. Mais son profil d’interactions médicamenteuses en fait aussi la plante la plus risquée à utiliser sans encadrement.

Une efficacité antidépressive démontrée

La méta-analyse Cochrane 2008 (Linde K et al., 29 ECR, 5 489 patients) est claire : les extraits de millepertuis standardisés sont significativement plus efficaces que le placebo dans la dépression légère à modérée, et comparables aux ISRS (sertraline, paroxétine, fluoxétine) sur la réduction du score Hamilton, avec des taux d’arrêt de traitement pour effets indésirables environ deux fois moindres 1.

La Commission E allemande et l’EMA (statut usage médical bien établi — WEU) reconnaissent cette indication. Doses efficaces : 900 mg/jour d’extrait sec standardisé à 0,3 % d’hypéricine (extraits WS 5570, ZE 117, LI 160), en 3 prises pendant au moins 6 semaines 2.

Autres indications documentées

Dépression saisonnière

Effet démontré dans le trouble affectif saisonnier, souvent en association à la luminothérapie 3.

Symptômes de la ménopause

Plusieurs ECR montrent une réduction significative des bouffées de chaleur et des symptômes psychologiques, en particulier en association à l’actée à grappes noires.

Cicatrisation et brûlures superficielles

L’huile de macération (préparation traditionnelle) présente une activité cicatrisante et anti-inflammatoire cutanée modérée.

Mécanismes d’action

Deux principes actifs principaux : l’hyperforine (inhibition de la recapture de sérotonine, noradrénaline, dopamine, GABA — mécanisme multimodal) et l’hypéricine (activité photodynamique et modulation neuroendocrine). L’hyperforine est considérée comme le principal responsable de l’effet antidépresseur 4.

LES interactions médicamenteuses — enjeu majeur

Le millepertuis est un inducteur puissant du cytochrome CYP3A4 et de la P-glycoprotéine. Il diminue significativement les concentrations plasmatiques et l’efficacité de nombreux médicaments :

Absolument contre-indiqué avec :
• Contraceptifs oraux (grossesses non désirées documentées)
• Anti-vitamine K (risque thrombotique par sous-dosage)
• Immunosuppresseurs post-greffe (ciclosporine, tacrolimus — rejets rapportés) 5
• Inhibiteurs de protéase du VIH
• Certains anticancéreux (imatinib, irinotécan)
• Digoxine
• Antiépileptiques (risque de crise par sous-dosage)

À éviter également : ISRS, IMAO (syndrome sérotoninergique), triptans, statines, antifongiques azolés.

Autres précautions

• Photosensibilisation cutanée (éviter exposition solaire intense)
• Grossesse et allaitement : contre-indiqué
• Trouble bipolaire : risque de virage maniaque
• Ne jamais associer à un autre antidépresseur sans avis psychiatrique
• Arrêt progressif recommandé après cures prolongées 6

Le bon usage

Le millepertuis est un vrai médicament, à utiliser avec un vrai médecin. Il a sa place en première intention dans la dépression légère à modérée, en cure de 6 à 12 semaines minimum, sous supervision médicale, après vérification de l’absence d’interactions. Il n’est ni une solution « douce » ni un complément alimentaire anodin.

À retenir

  • Efficacité prouvée dans la dépression légère à modérée (comparable aux ISRS)
  • Dose standard : 900 mg/j d’extrait à 0,3 % hypéricine, 6 semaines minimum
  • Inducteur puissant CYP3A4 : très nombreuses interactions médicamenteuses
  • Absolument contre-indiqué avec contraceptifs, anticoagulants, immunosuppresseurs, antirétroviraux
  • À utiliser uniquement sous supervision médicale
EB
Eric Blanchard
Rédacteur scientifique — Médecine naturelle & phytothérapie
Contenu relu par le Dr Marc Fontaine (médecin généraliste, DU nutrition).

Sources scientifiques

  1. Linde K et al. St John’s wort for major depression. Cochrane Database Syst Rev 2008;(4):CD000448.
  2. EMA/HMPC/745582/2015, European Union herbal monograph on Hypericum perforatum, 2018.
  3. Wheatley D. Hypericum in seasonal affective disorder (SAD). Curr Med Res Opin 1999;15(1):33-7.
  4. Chatterjee SS et al. Hyperforin as a possible antidepressant component of Hypericum extracts. Life Sci 1998;63(6):499-510.
  5. Mai I et al. Hyperforin content determines the magnitude of the St John’s wort-cyclosporine drug interaction. Clin Pharmacol Ther 2004;76(4):330-40.
  6. Barnes J et al. St John’s wort (Hypericum perforatum L.): a review of its chemistry, pharmacology and clinical properties. J Pharm Pharmacol 2001;53(5):583-600.
Cet article a une vocation informationnelle et ne se substitue pas à un avis médical personnalisé. En cas de symptômes persistants ou de doute, consultez un professionnel de santé.

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