Plantes et interactions médicamenteuses : ce qu’il faut savoir

« Naturel » ne signifie pas « sans risque ». Les plantes médicinales interagissent avec les médicaments par plusieurs mécanismes — induction ou inhibition enzymatique, effets pharmacodynamiques additifs, modification de l’absorption. Certaines interactions peuvent réduire l’efficacité d’un traitement vital ou provoquer des effets indésirables graves.

Les mécanismes d’interaction

Interactions pharmacocinétiques

Les cytochromes P450 (surtout CYP3A4, qui métabolise près de la moitié des médicaments prescrits) et la P-glycoprotéine (transporteur d’efflux) sont les principales cibles. Une plante inductrice accélère le métabolisme du médicament et diminue son efficacité. Une plante inhibitrice fait l’inverse, avec risque de surdosage 1.

Interactions pharmacodynamiques

Additions ou antagonismes d’effets : une plante hypotensive potentialise un antihypertenseur, une plante antiagrégante augmente le risque hémorragique d’un anticoagulant, une plante sédative additionne son effet à celui d’une benzodiazépine.

Les plantes à haut risque d’interaction

Millepertuis (Hypericum perforatum)

Inducteur majeur du CYP3A4 et de la P-glycoprotéine. Diminue significativement les concentrations plasmatiques de : contraceptifs oraux (grossesse non désirée documentée), anti-vitamine K (risque thrombotique), immunosuppresseurs (rejet de greffe), inhibiteurs de protéase du VIH, digoxine, statines, certains anticancéreux 2. À proscrire chez ces patients sans avis médical.

Ginkgo biloba

Effet antiagrégant plaquettaire. Cas rapportés d’hémorragies (intracérébrales, sous-arachnoïdiennes) en association aux AVK, aspirine, clopidogrel, AINS. Arrêt recommandé 2 semaines avant chirurgie 3.

Ail (Allium sativum)

Effet antiagrégant modéré et interaction avec les anti-vitamine K (potentialise le saignement). Doses médicinales (compléments à base d’allicine) à distinguer des usages culinaires.

Réglisse (Glycyrrhiza glabra)

Effet hypokaliémiant et hypertensif. Interaction avec diurétiques, digoxine, corticoïdes. Consommation excessive de réglisse ou de pastis sans alcool associée à des cas d’hypertension et d’insuffisance cardiaque 4.

Pamplemousse (jus)

Inhibiteur puissant du CYP3A4 intestinal. Augmente les concentrations plasmatiques de nombreux médicaments (statines, immunosuppresseurs, anticalciques, benzodiazépines). Une consommation quotidienne d’un verre suffit à modifier significativement le métabolisme 5.

Situations à haut risque

Anticoagulants et antiagrégants : nombreuses interactions avec ginkgo, ail, gingembre, ginseng, millepertuis, camomille. Signaler toute prise à l’hématologue.
Chimiothérapie : interactions imprévisibles, à éviter systématiquement sans avis oncologique.
Immunosuppresseurs (transplantation) : millepertuis proscrit, prudence maximale.
Antirétroviraux : millepertuis, ail à haute dose, échinacée peuvent modifier les taux plasmatiques.
Antiépileptiques : millepertuis inducteur, risque de crise par sous-dosage.

Bonnes pratiques

1. Toujours signaler à son médecin et à son pharmacien toute prise de phytothérapie, même occasionnelle.
2. Vérifier les interactions sur la base ANSM Thériaque ou vidalcompendium (accès pharmacien).
3. Ne jamais associer plusieurs plantes à visée cardiovasculaire, hormonale ou psychotrope sans avis.
4. Interrompre la phytothérapie 2 semaines avant toute chirurgie programmée 6.
5. Signaler tout effet indésirable au centre régional de pharmacovigilance.

À retenir

  • Le millepertuis est la plante à interactions à haut risque : à proscrire avec contraceptifs, anticoagulants, immunosuppresseurs
  • Ginkgo, ail, gingembre, ginseng : effet antiagrégant à surveiller
  • Pamplemousse (jus) inhibe le CYP3A4 : nombreuses interactions avec médicaments
  • Toujours signaler la phytothérapie à médecin et pharmacien
  • Interrompre la phytothérapie 2 semaines avant chirurgie programmée
EB
Eric Blanchard
Rédacteur scientifique — Médecine naturelle & phytothérapie
Contenu relu par le Dr Marc Fontaine (médecin généraliste, DU nutrition).

Sources scientifiques

  1. Izzo AA, Ernst E. Interactions between herbal medicines and prescribed drugs: an updated systematic review. Drugs 2009;69(13):1777-98.
  2. Henderson L et al. St John’s wort: drug interactions and clinical outcomes. Br J Clin Pharmacol 2002;54(4):349-56.
  3. Rowin J, Lewis SL. Spontaneous bilateral subdural hematomas associated with chronic Ginkgo biloba ingestion. Neurology 1996;46(6):1775-6.
  4. Omar HR et al. Licorice abuse: time to send a warning message. Ther Adv Endocrinol Metab 2012;3(4):125-38.
  5. Bailey DG et al. Grapefruit-medication interactions: forbidden fruit or avoidable consequences? CMAJ 2013;185(4):309-16.
  6. ANSM, Prise en compte des interactions médicamenteuses avec les plantes médicinales, note d’information 2020.
Cet article a une vocation informationnelle et ne se substitue pas à un avis médical personnalisé. En cas de symptômes persistants ou de doute, consultez un professionnel de santé.

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